Abesse
France, ile de France

Terrasse rouge

Abesse
France Paris
 
Vite, de l’ombre ! Un banc pour souffler… Ce quartier m’a épuisée ! J’aime les tonnelles…
Où se trouve le soleil ? Je le recherche, le regard perdu dans le ciel, jetant de temps en temps des coups d’œil dans la rue pour guetter le comportement, le soubresaut des gens face à ce temps. Etaient-ils dans le même état que moi ? Se posaient-ils les mêmes questions ?
J’aurai aimé trouver un, ou une semblable à moi, me sentir reliée à cette personne par le fil invisible de la pensée.
C’est alors qu’au détour d’une terrasse, j’aperçus une dame en jaune. Elle était assise là, immobile, sans doute depuis un certain temps : comment se faisait-il que je ne l’avais pas perçue plus tôt ? La seule touche de jaune dans le paysage, pourtant. Ocre, à vrai dire.
Le regard au loin, insaisissable, je n’arrivais pas à cerner ce qu’elle regardait.
Maintenant que je l’avais trouvée, je continuais à rester surprise par sa présence forte et complexe.
Je l’avais trouvée, ma connivence !
S’extraire du bruit de la rue, de la conversation, et à la terrasse rouge du café, prendre le temps de se retirer en soi.
« Comment ça, tu ne sais pas ce qu’a fait Pascal à Bernadette ?
– J’en ai marre des ragots !
– Toujours continuer, avancer, courir, quand est-ce que ça va s’arrêter ?
– Moi j’aime bien, cette femme qui s’étire sur sa chaise, alanguie. Elle profite du temps présent, c’est elle qui a compris la philosophie de la vie ! Je l’envie.
– Regardes-là, celle-là, assoupie ! Comment peut-elle, ainsi, au regard de tout le monde ? !
– J’en ai rien à faire, de tes commentaires ! Moi ce que je trouve, c’est qu’on est trop entassés les uns sur les autres ! De l’air, par pitié !
– Dis-moi, tu me regarderais danser, valser ?
– Du moment que t’es sur le pavé… »
 
Tanja Vukovic.
 
Texte écrit en écho avec :
Terrasse”, aquarelle de Patricia Allais Rabeux
lors d’un atelier d’écriture animé par l’association Tisseurs de Mots
www.tisseursdemots.org // tisseursdemots@hotmail.fr

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Terrasse anonyme, café quelconque, rue en pente, tiens! la vigne qui court, mais! c’est Montmartre!!

-Quel vide ce matin, ils sont où tous? Hier soir je rendais service au petit théâtre un peu plus bas, il y avait un monde fou… moi j’aime bien le monde!
-Ah! moi j’aime bien ce moment de bon matin, Arthur vient de faire notre toilette, nous sommes fraîches et pimpantes, je voudrais que ça dure toujours. Je ne suis pas faite pour cet emploi, mais en ce moment, c’est pas facile, on fait durer les choses, je voudrais tellement qu’on me recase.
-Où ça qu’on te recase?
-Tiens pardi ! Pourquoi pas dans un cimetière, c’est calme, et pas si triste qu’on le croit… un cimetière, mais un grand cimetière quand même! et qu’on me place bien à l’ombre d’un arbre. J’écouterais les voix, j’aime bien écouter,
mais ici on comprends rien, y’a trop de monde! J’entendrais les papy et mamie arriver en disant:
-Vite de l’ombre
-Un banc pour souffler
-Ce quartier en pente m’a épuisé
-J’aime les tonnelles!
  Colette Tarjot
 
 
Texte écrit en écho avec :
Terrasse”, aquarelle de Patricia Allais Rabeux
lors d’un atelier d’écriture animé par l’association Tisseurs de Mots
www.tisseursdemots.org // tisseursdemots@hotmail.fr

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