Abesse
France, ile de France

Librairie Presse

Abesse
France Paris


Eclats de voix
 
Se pourrait- il que je sois épargné par le ravalement qui me, qui nous menace? On lave, on efface dur. On avale même dans le coin. Le nom du libraire résistera-t-il encore au coup de neuf ?
Résister…Un mot qui sonne, qui résonne dans ce quartier si « épuré ».
Quelle ironie! Cette laverie installée depuis peu ici, dans mon quartier, dans mon chez-moi. J’en ai souri…En blanc, les lettres…comme bien lavées…Un nom qui sonne…pas bien français.
« Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent » que j’ai vus devant moi, un à un défiler…confiants, inquiets ….un affreux jour d’été.
La librairie, les librairies détachent et débarrassent l’esprit du tourment. Lavent- elles aussi la honte?
 
L’histoire m’a fait. Je traîne, oublié là sur le haut d’une étagère vermoulue.
L’histoire, je la tiens bien à l’abri dans toutes mes pages un peu jaunies, en rang serré, comme ceux-là qui sont partis.
Il était une fois un affreux jour d’été, et de complicité et de traîtrise. Et un petit garçon, pas assez blond, oublié derrière le bois sombre d’un volet.
C’est son histoire qui m’a fait. Son histoire que constituent tous les mots de tous les maux de ceux qu’on tue, de tous les mots qu’ils ont tous tus.
Ma couverture tombe en poussière. Je suis poussière ou cendre presque.
pourtant ,un lecteur un peu curieux pourrait encore s’il le voulait deviner mon nom. « Vel d’hiv »…un titre divers, un titre d’hier pour un bien triste jour d’été. Un joli titre. Un nom d’auteur : Buchladen.
Mais comment choisir tranquillement un livre quand on a oublié l’antivol de sa moto?
 
Cécile Leyreloup Dumas
Texte écrit en écho avec :
Librairie-presse”, aquarelle de Patricia Allais Rabeux
lors d’un atelier d’écriture animé par l’association Tisseurs de Mots
www.tisseursdemots.org // tisseursdemots@hotmail.fr
 

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