France, ile de France

Sentier


Sentier – passage – vêtements fleuris – au loin l’Egypte… à peine entrevue – Maxi Folie !
 
Qui regarde qui derrière la grande vitre de verre lustré dépoussiéré ? Eux ne voient qu’avec leurs yeux. Nous les voyons de toutes nos fibres : ces mal fagotés, ces désaccordés, ces enserrés, ces décolorés, ces endimanchés. Nous les observons : iris et pupilles qui descendent dès que possible vers les cartonétiquettes affublés de chiffres alignés. Ces yeux attendent le jour où la patronne équipée d’un feutre rouge liquide lourd viendra raturer l’affichette et causera notre perte. Exil imposé.
 
Qu’est-ce que je choisis, l’escalier ou le passage ? Plus loin sur l’escalier y’a le si beau chausseur, oui mais dans le passage y’a les bijoux d’occas’ et les supers coups ! Alors ?
 
On s’engouffre dans ces ruelles, ces traboules ou ces passages privés comme on pénètre la ville en son corps, glissant dans ses entrailles. Dans l’obscur de ces murs presque collés, respiration et battements de cœur nous parviennent comme assourdis. Ça glougloute en dedans.
 
Les chariots vont et viennent / on décharge les cotons / puis on s’engouffre à l’ombre / pour traverser de l’autre côté / on débouche au soleil
 
C’est facile pour lui de faire le sympa, d’aligner les questions, les ça va ? la famille ça va ? les enfants ça va ? la santé ça va ? le travail ça va ?
C’est facile. Pour lui, les commandes, ça va. Les fesses posées sur son scooter dernier cri. Peut se les acheter ses fringues, ailleurs qu’ « au passage du Caire la confection pas chère ». Pas lui qui porte charrie déplace soulève entasse relève les ballots de vêtements vite coupés. Pas lui qui sue qui souffle qui courbature qui se voûte qui galère et qui rentre fourbu à la maison. Pas lui. Alors peut sourire lui.
Igor Chirat

 

Texte écrit en écho avec :
Sentier”, aquarelle de Patricia Allais Rabeux
lors d’un atelier d’écriture animé par l’association Tisseurs de Mots
www.tisseursdemots.org // tisseursdemots@hotmail.fr
 

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