Rencontre Bray
France

DIS C’ ETAIT COMMENT AVANT

 
Un peu intimidées au départ, les langues se sont vite déliées et puis ce fut presque impossible de les arrêter. Il m’a suffi de les écouter. Mon article va surement être un peu décousu, mais ça fusait dans tous les sens.
 
–     «On binait les betteraves à la main  … les démarier* aussi  … il y avait des chardons partout dans les champs … la traite des vaches se faisait aussi dans les champs »
–     J « j’ai travaillé à l’usine à tuile à Saint Paul, et à Auneuil j’ai trié les carreaux … pssfff c’était pas gaie la vie à l’usine »
–    À « la salle de bain et les toilettes étaient dehors, ensuite nous avons eu la baignoire sabot … L’hiver on y allait pas … le chauffage c’était le poêle à bois « 
–    M « on lavait à la main et à la brosse »
–    À « Après on à eu une batteuse …
–    A  « Et les langes aussi … on les lavait …
–    M « Avant on restait 10 jours à la maternité aujourd’hui 1 jour et hop dehors. 
–    À « La sage-femme elle attrapait le bébé comme ça (Arlette fait le geste), et elle contrôlait s’il était bien langé … ho on avait la trouille.
–    J « dans le baquet … l’été on faisait chauffer l’eau dehors au soleil  … une fois par semaine au savon de Marseille ou au savon noir »
–    M « On vidait le bac au fond du jardin »
Nous avons acheté notre machine à laver pour ma quatrième grossesse, avec les allocations familiales.
–    J « Au marché de Gournay tout le boulevard de Montmorency … Il y avait des vaches et des moutons attachés tout le long de l’avenue.
–    A « C’était génial
–    Un jour mon beau-frère qui était boucher nous avait récupéré une panse de bœuf. Nous l’avons lavé dans la baignoire sabot … 18kg de tripes … 1bidon de lait rempli de sang =32 mètres de boudins.
–     On tuait le cochon et on faisait la Saint Cochon
–     On le conservait dans de la saumure et en conserve
–     C’était du boulot
On partageait avec les voisins
–     On connait que l’argent aujourd’hui
–     V « Le bal du 14 juillet … on allait danser au carrefour des Fontainettes … Monsieur Devime avait mis de la musique … C’était familial …
–     J « On allait danser dans la salle des fêtes de Formery … on dans ait avec qui on voulait, mais il ne fallait pas faire de bêtise parce que sinon c’était aussitôt raconté ho ! la ! la !
 
À l’école il y avait la règle, le maître nous appelait par notre nom de famille et nous vouvoyait. Au cours complémentaire nous avions des cours de morale, d’instruction civique et de couture et c’était Allemand obligatoire.
–     À « Ils étaient communistes en ce temps-là »
Jacqueline a été placée vers Formery, chez une dame toute seule
«  J’avais 11 ans à 16 ans ma mère a voulu nous reprendre … j ne voulait pas … mais ma sœur oui … alors j’ai suivi ma sœur »
«  Ma nourrice faisait du tricot et de la couture pour les gens j’aurais au moins appris ça
«  on a fait des bêtises avec ma sœur … ma sœur elle cassait les branches d’arbres et pour ne pas se faire disputer elle les attachait avec de la ficelle »
«  Elle était maligne ma sœur »
 
Arlette s’est mariée le 6 juin 1964 à Rommilly sur Seine dans l’Aube et en juillet ils sont venus, tout de suite après, s’installer ici. Arlette m’apporte l’objet qui pour elle représente le plus son pays : un livre de recettes picardes,
–     À « j’y tiens je l’ai acheté quand je me suis installé avec mon mari en 1964  … ma recette préférée est le Bisteu … je l’ai fait la semaine flamiche au Maroilles dernière quand mes petits enfants sont venus … et la flamiche à la Beauvaisienne ou la c’est très bon … j’aime aussi beaucoup le macaron d’Amiens.
–     A « Mon mari travaillait au grès des Fontainettes. Le 29 décembre 1964, ma maison a brulé … je me suis retrouvé pieds nus dans la neige … dans l’affolement … Heureusement il n’y a pas eu de blessés »
–     À «  mon mari était Pompier de Paris – elle est toujours aussi fière Arlette – alors quand il était en permission il venait me voir, mais il était mal rasé … il n’avait pas le temps … ça rigolait dans le voisinage … parce que lorsqu’il repartait … J’avais des cloques au visage. je le raccompagnais à la gare et j’étais truste d’entendre le train à vapeur siffler dans le soir … ho non il fallait être sage,  ça rigolait pas … c’est le jour de mon mariage que j’ai connu mon mari » Nous sommes allés en Ardèche en juillet 1998 pour connaître l’histoire de l’oncle Adjudant décédé dans une embuscade.
–     M « j’ai rencontré mon mari chez son frère nous ne nous sommes mariés que trois ans plus tard … il rapportait sa paye à ses parents … Alors … c’est ma grand-mère qui nous  a trouvé un logement … non il ne fallait pas trop avant  (sous-entendu le mariage), mais quand même un peu.
–     V « L’amoureux y s’est barré … et les verbes irréguliers aussi»
–     T « Les deux cœurs se sont aimés et pis voilà c’était fait  … Toujours aussi rapidement. Faut pas laisser traîner les choses  … Mamam avait fréquenté son père … ça c’était pas fait … j’ai épousé le fils … C’est drôle la vie … Mais ça ne se commande pas »
–     T «  C’est pas pour critiquer les parents de dans le temps, mais quand même maintenant c’est plus cool.
 
Mauricette T travaillait chez Keller (autonome) l’usine automobile à Ons-en-Bray. Comme elle a vécu avec ses parents en Hollande, elle servait d’interprète avec les routiers. Son mari était chauffeur de Fenwick.
–     « Un jour j’ai oublié de casser le fagot pour la cuisinière … et là … discrètement pour ne pas me faire attraper … je sors pour le faire …  et tac, je vois le martinet … alors tac je brule le martinet … terminé … »
–     M « j’ai du mal avec la technologie
–     A « C’est trop moderne
–     V «  Moi ça irait plus vite à téléphoner et parler, ça m’énerve ce truc »
–     À « Moi je bloque tout, mes petits-enfants ils me disent  qu’est-ce que tu as encore fait mamie ? »
–     V « je viens de me mettre à la tablette »
On a eu le téléphone en 70 75, la télévision en novembre 1966 et la couleur en mai 1981 pour l’avènement de Mittérand. Le soir on regardait bonne nuit les petits. Au départ la télévision avait un monnayeur, on devait mette des pièces ça remplaçait la redevance. C’était le père qui mettait l’argent.
 
« Madame pourquoi vous m’avez volé mon prénom ? Rire, la bonne ambiance était posée.
 
  • Démarier : séparer les pieds

 

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